Compositeurs

Jacques OFFENBACH (1819 – 1880)

Je me propose de commencer les commémorations de 2019 par Jacques OFFENBACH.

Musicien d’origine allemande, Jacques Offenbach (1819 – 1880) vient suivre sa formation musicale à Paris.

Après des débuts comme violoncelliste à l’Opéra-Comique, il devient chef d’orchestre à la Comédie Française. En 1855, il prend la direction des Bouffes-Parisiens, un théâtre réservé à la production d’opéras-bouffes, un genre qui était limité à l’époque à un acte unique et 4 personnages. Cette contrainte réglementaire est levée en 1858, et Offenbach peut écrire des œuvres plus vastes dans la forme, quoique toujours légères sur le fond.

Il produit alors Orphée aux enfers (1859) qui connaît un grand succès.

duo de la mouche
Orphée aux enfers

En 1860, il se fait naturaliser français et en 1864 il écrit sa partition sans doute la plus connue, La belle Hélène (1864) qui connaît un triomphe planétaire.

la belle HélèneLa belle Hélène

Le chef Auguste ESCOFFIER a même créé un dessert qu’il a appelé Poire Belle Hélène en hommage à cet opéra-bouffe.

Dès lors, les succès se succèdent avec La Vie parisienne (1866) et son fameux French Cancan, La Grande-Duchesse de Gérolstein (1867), La Périchole, Les Brigands, pièce dans laquelle on entend le bruit de bottes des carabiniers qui arrivent toujours trop tard, d’où vient l’expression « arriver comme les carabiniers d’Offenbach ».

Soucieux de reconnaissance, celui que WAGNER appelait le petit MOZART des Champs-Élysées se tourne vers le grand opéra (le vrai!), avec les Contes d’Hoffmann, d’après l’œuvre d’E.T.A. Hoffmann. Malheureusement, il mourra quelques mois avant la création de cet opéra.

barcarolleLes Contes d’Hoffmann

Enfin, en souvenir des attentats du 13 Novembre, saviez-vous qu’Offenbach avait écrit en 1855 un opéra-bouffe, une chinoiserie appelée BA-TA-CLAN, et que la salle de spectacle qui porte ce nom a ouvert ses portes dix ans plus tard, en 1865?

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Compositeurs

Ambroise THOMAS

Enfant prodige, Ambroise THOMAS (1811 – 1896) est contemporain de Franz LISZT (1811 – 1886).

Au Conservatoire, il a comme professeur LESUEUR, un des maîtres de BERLIOZ. Prix de Rome en 1832, il a l’occasion de rencontrer Berlioz (1802 – 1869) à la villa Médicis (Berlioz avait obtenu le prix de Rome en 1830).

De retour à Paris, le petit Ambroise se tourne vers le genre à succès de son époque : l’Opéra. Il compose notamment une des dernières adaptations de La Jérusalem délivrée de l’ARIOSTE avec Angélique et Médor (1843). Il écrira également un Songe d’une nuit d’été (1850), d’après SHAKESPEARE. (J’ai eu l’occasion de chanter dans les chœurs une reprise de cette œuvre, d’où est tirée la vidéo qui précède.)

En 1851, il est élu à l’Académie des Beaux-Arts, devant Berlioz qui n’obtient pas une seule voix. Sa célébrité au XIXe siècle n’a d’égal que l’oubli où il est tombé aujourd’hui.

Ses plus grands succès seront Mignon (1866), d’après l’œuvre de GOETHE, et Hamlet (1868) d’après Shakespeare, très grand succès à son époque mais un peu oublié depuis, et que l’on a pu voir récemment à l’Opéra-Comique.

Nommé professeur au Conservatoire de Paris (1856), il a comme élève MASSENET.

En 1871, le directeur du Conservatoire Daniel François Esprit AUBER, un des fondateurs du GOf, meurt dans ses bras et Thomas le remplace à la Direction du Conservatoire. Ainsi, Thomas fait le lien entre Auber qui fut son prédécesseur et Massenet qui fut son élève. Mettant alors de côté sa carrière de compositeur, il écrira encore un Françoise de Rimini (1874), d’après DANTE et un ballet, La Tempête (1889), toujours d’après Shakespeare. (Le Francesca da Rimini de Tchaïkovski date de 1876).

Compositeurs

Gaetano DONIZETTI

Gaetano Donizetti est un compositeur italien, né à Bergame en 1797.

Il commence ses études musicales à Bergame, avant d’aller se perfectionner à Bologne en 1815.

Il s’engage à l’armée, et écrit son premier opéra pendant ses temps libres, en 1818. Dès lors, compositeur prolixe, il écrit dix-neuf opéras sur la période 1818 – 1828 pour différentes scènes italiennes. Stylistiquement, ses opéras sont le fleuron du bel canto.

En 1830, Anna Bolena connaît un triomphe à Milan, et ne tarde pas être monté dans toute l’Europe. Ce succès est suivi en 1832 par L’Elisire d’Amore. En 1833, il écrit Lucrezia Borgia, d’après le Lucrèce Borgia (1833) de Victor HUGO. On peut noter qu’entre 1830 et 1833, GLINKA, le père de la musique russe, a fait un séjour en Italie pour soigner sa santé fragile, et qu’il y a rencontré BELLINI et Donizetti.

En 1834, il est nommé professeur au conservatoire de Naples, où il donne Marie Stuart (1834) d’après SCHILLER  et Lucia di Lammermoor (1835) d’après Walter SCOTT. Dès les répétitions, la censure très active à cette époque à Naples demande des modifications, et la pièce est interdite dès le lendemain de la générale par le roi de Naples. En 1835, il réussit à la faire jouer à la Scala de Milan, mais l’opéra est à nouveau interdit début 1836.

A la mort de Bellini en 1835, il écrit une Missa di Requiem à la mémoire de son rival (musical) et ami.

En 1838, las du manque de reconnaissance et de la censure qui sévissait en Italie, Donizetti part s’installer à Paris, capitale européenne de l’art lyrique, comme l’avaient déjà fait ses compatriotes CHERUBINI, ROSSINI ou Bellini. En 1839, il fait représenter une version française d’un de ses succès italiens : Lucia di Lammermoor, et en 1840 l’adaptation de son Poliuto (Polyeucte, d’après CORNEILLE) sous le nom de Les Martyrs.

Il commence une collaboration avec l’inévitable SCRIBE, d’où proviennent : La Fille du régiment et La Favorite (1840), ainsi que Don Pasquale (1843).

Donizetti voyage ensuite beaucoup en Europe, avant que les effets de la syphilis ne l’empêche de travailler. Il sombre dans la folie, telle son héroïne Lucia di Lammermoor (un de ses airs les plus connus étant justement l’air de la folie). Après avoir été interné près de Paris, il est rapatrié à Bergame, où il meurt en 1848.

Outre ses 71 (!) opéras, il a laissé des symphonies, des cantates et de la musique de chambre en quantité.

Compositeurs

Giacomo PUCCINI (1858 – 1924)

Aujourd’hui, je vais vous parler du représentant le plus connu de l’école vériste, PUCCINI.

Puccini, né en 1858 à Lucques, est issu d’une longue lignée de musiciens, ses quatre aïeux paternels étant compositeurs d’opéras !

Très jeune, il reçoit sa première formation musicale à Lucques. En 1876, il compose sa Missa de Gloria, et en 1879, il entre au conservatoire de Milan où il a comme maître PONCHIELLI.

Avec l’aide d’Arigo BOÏTO, il monte son premier opéra, La Villi, à la Scala de Milan en 1884, opéra qui attire l’attention de Giuseppe VERDI.

Son premier succès est Manon Lescaut (1893), et son premier chef d’œuvre La Bohème (1896). Viennent ensuite Tosca (1900) et Madame Butterfly (1904).

Fort de ses succès, il laisse passer plusieurs années avant son ouvrage suivant, La fille du Far-West, (La Fanciulla del West) qui date de 1910.

Suivront encore La Rondine (1917) écrite pour l’Opéra de Vienne et le Triptyque (1918), une trilogie de trois opéras en un acte, sans lien entre eux. (L’air O mio babbino caro de Gianni Schicci, troisième volet du triptyque, resplendit dans l’ouverture du film A room with a view, de James Ivory.)

Il laisse inachevé son dernier opéra Turandot, commencé en 1920, lorsqu’il meurt d’un cancer de la gorge en 1924.

Je reviendrai bien sûr sur la plupart des opéras cités ici dans des billets spécifiques.

Compositeurs

Georg Friedrich HAENDEL

G.F.HAENDEL (1685 – 1759) est le prototype du compositeur du XVIIIe siècle que son cosmopolitisme a amené d’Allemagne en Angleterre en passant par l’Italie. Ainsi, à une époque où l’opéra se partageait presqu’exclusivement entre opéra à l’italienne et opéra à la française, Haendel se trouve être un compositeur allemand qui a appris son métier en Italie avant de partir en Angleterre écrire des opéras en italien. GLUCK (1714 – 1787) fera l’inverse : compositeur allemand écrivant à Vienne des opéras en italien, il partira en France écrire des opéras en français.

Haendel est l’exact contemporain de J.S.BACH (1685 – 1750). Né à Halle, il se rend en 1703 à Hambourg, où il s’essaie à la composition d’opéras. C’est de cette époque que date la sarabande dont Stanley KUBRICK s’est servi pour son film Barry Lindon. En 1706, il part en Italie, patrie de l’opéra, où il triomphe à Florence, Naples, Rome et Venise. Après ses classes en Italie, il rentre en Allemagne avant de prendre un congé pour aller en Angleterre, où il écrit son premier opéra en italien pour la scène anglaise, Rinaldo (1711). Après un bref retour en Allemagne, il repart en Angleterre, sans congé de son employeur, et il devient compositeur de la Cour. Ses Water Music datent de cette époque. En 1719, c’est la fondation de la Royal Academy of Music, dont Haendel est directeur musical, avec l’italien BONONCINI, qu’Haendel avait déjà fréquenté à Hambourg. Les deux hommes se trouvent à la fois associés et rivaux, mais l’étoile d’Haendel brille de plus en plus, au détriment de celle de Bononcini.

En 1724 – 1725, il écrit trois chefs-d’œuvres Jules césar, Tamerlano et Rodelinda. En 1733 c’est Orlando, avant Alcina et Ariodante en 1735. Comme son contemporain VIVALDI, et pour plaire à la fois aux chanteurs et au public, il use et abuse des vocalises virtuoses. Quel contraste avec la musique que RAMEAU (1683 – 1764) écrivait en France, mettant plus en valeur la sensibilité musicale que la virtuosité des solistes.

En 1737, Haendel est victime d’une attaque de paralysie. Il écrira encore un de ses derniers opéras, Xerxès (1738), avant de se consacrer à l’oratorio (en anglais), avec notamment son fameux Messiah (Le Messie) en 1741 et à de la musique instrumentale (Fireworks).

En 1753, il devient aveugle et cesse d’écrire. Il est opéré par le même chirurgien qui avait opéré J.S.Bach avant lui et meurt à Londres en 1759. Il est enterré à Westminster.

 

 

Compositeurs

Jean-Philippe RAMEAU

Compositeur majeur du XVIIIe siècle, RAMEAU est né à Dijon en 1683 (pour mémoire, LULLY est mort en 1687). Le petit Jean-Philippe apprend très tôt la musique et, comme pour MOZART, on dit qu’il a appris ses notes avant ses lettres.

À 18 ans, il part pour l’Italie et s’arrête à Milan où il travaille dans un théâtre. Suivent quelques années d’errance entre Clermont et Paris. Il est organiste et écrit pour le clavier (clavecin et orgue). C’est de ses années que datent ses œuvres religieuses que sont les Grands Motets. En parallèle, il rédige des ouvrages théoriques sur la musique, où il fixe les bases du système harmonique. Le succès de son Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels le ramène à Paris, où il écrit des airs pour le théâtre de la foire. Il fait partie de la société du Caveau, le repère des chansonniers, pour lesquels il aurait écrit le canon Frère Jacques.

En 1731, il rencontre celui qui deviendra son mécène, dont il dirigera l’orchestre pendant 20 ans. Là, il a l’occasion de côtoyer DIDEROT, D’ALEMBERT et VOLTAIRE, et aussi JJ.ROUSSEAU. En 1733, il écrit un premier opéra, Samson, sur un livret de Voltaire. Censurée, cette œuvre ne sera jamais représentée. La même année, il écrit Hippolyte & Aricie, qui délivre enfin le drame lyrique français du cadre rigide laissé par Lully derrière lui. La création de cet ouvrage engendre une première querelle, celle des lullistes et des ramistes (aujourd’hui, on dirait des anciens et des modernes). Dans les années qui suivent, il écrit l’opéra-ballet Les Indes galantes (1735), Castor et Pollux (1737) et Dardanus (1739).

Sa nomination comme compositeur de la musique du roi correspond à de nouvelles productions: La Princesse de Navarre (1745), Platée (1745), Pygmalion (1748), Zoroastre (1749). Ces productions vont engendrer une deuxième querelle, la querelle des bouffons. Déclenchée à l’occasion d’une représentation de La Servante maîtresse de l’italien Pergolèse en 1752, elle opposa les partisans du drame lyrique français, respectueux de l’harmonie chère à Rameau et ceux de l’opéra bouffe italien, valorisant la mélodie. Elle fut alimentée par Rousseau, lui-même auteur de l’opéra Le Devin du village (1752) et qui n’avait pas apprécié les critiques assassines de Rameau. Il décréta que le français n’était pas une langue faite pour être chantée, à l’inverse de l’italien. La querelle des bouffons marque la limite entre l’opéra baroque et l’opéra classique.

Fréquentant les encyclopédistes, Rameau développe sa théorie de la musique avec le soutien de Diderot et d’Alembert. Suite à la publication en 1754 de ses Observations sur notre instinct pour la musique commence une troisième querelle, celle des encyclopédistes. Le personnage querelleur de Rameau a été moqué par Diderot dans son roman Le Neveu de Rameau.

Le génie créateur de Rameau ne tarit pas et il écrit encore Les Paladins (1760) et Les Boréades (1764). Rameau meurt à Paris d’une fièvre putride juste avant les répétitions des Boréades.

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Benjamin BRITTEN (1913 – 1976)

Parmi les grands compositeurs du XXe siècle figure l’anglais Benjamin BRITTEN (1913 – 1976), trop largement méconnu en France. Je l’ai déjà écrit, Britten est celui qui a réveillé l’opéra anglais presque trois siècles après PURCELL (1659 – 1695).

Né dans le Suffolk, il reçoit ses premières leçons de piano à l’âge de 5 ans, avant de faire des études musicales classiques où il a notamment comme professeur Franck BRIDGE.

En 1934, il écrit la Simple Symphony, op.4.

En 1939, devant le climat belliciste qui règne en Europe, il migre aux États-Unis avec son compagnon, le ténor Peter Pears (qui créera beaucoup des œuvres de Britten). Il revient en Angleterre en 1942, où il écrit A Ceremony of Carols (pour chœur).

En 1944, il reçoit une commande pour un opéra: ce sera Peter Grimes, créé en 1945. En 1947, il fonde l’English Opera group (EOG), avec comme ambition de « rendre à la musicalité de la langue anglaise la liberté dont elle a été dépourvue depuis Purcell » . En 1949, il écrit un opéra pour les jeunes Let’s make an opera: the little sweep (Faisons un opéra: le petit ramoneur).

En 1954, il crée à la Biennale de Venise le chef-d’œuvre qu’est The turn of the screw (Le tour d’écrou) d’après Henry James, et en 1960, il adapte Shakespeare avec A midsummer night’s dream.

En 1961, il écrit pour son ami Rostropovitch la sonate pour violoncelle et piano, et son monumental War Requiem qui nécessite deux orchestres et deux chœurs, et qui juxtapose à la liturgie classique du Requiem un poème pacifiste.

En 1971, il entreprend son dernier opéra Death in Venice (Mort à Venise) d’après le roman éponyme de Thomas MANN (1971 est également l’année du film de Visconti, avec sa très belle utilisation de l’adagietto de la 5e symphonie de MAHLER).

Stylistiquement, on peut dire que comme son contemporain Alban BERG (1885 – 1935), il a attaché une grande importance à l’aspect formel de ses opéras, notamment dans l’usage des interludes orchestraux et, comme chez Berg et JANACEK (1854 – 1928), et les aspects psychologiques des personnages sont particulièrement développés.

Britten meurt en 1976.

Je me suis servi pour écrire ce billet de « Benjamin Britten, a life in the twentieth century« , by Paul KILDEA (Penguin Book 2013)