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Les Ballets russes

Quel est le point commun entre ces compositeurs d’opéra : STRAVINSKY, PROKOFIEV, R.STRAUSS, RAVEL, DEBUSSY, SATIE, POULENC ou DE FALLA ?

La réponse est dans le titre de ce billet, tous ces compositeurs ayant écrit de la musique pour les ballets russes de DIAGHILEV (1872 – 1929) au début du siècle dernier.

La compagnie des Ballets russes a été fondée en 1909 à Saint-Pétersbourg. À ses débuts, elle se contentait de monter des ballets sur des musiques déjà existantes, permettant ainsi de faire connaître au public occidental la musique de compositeurs tels que MOUSSORGSKI ou RIMSKI-KORSAKOV au travers de leurs tournées.

Très vite, elle passe commande de musiques originales à à peu près tout le milieu de la musique contemporaine de l’époque.

C’est ainsi qu’en 1910 a lieu la création de L’Oiseau de feu de Stravinsky.

En 1911, c’est Pétrouchka du même Stravinsky. En 1912, pas moins que L’après-midi d’un faune de Debussy et Daphnis et Chloé une commande originale passée à Ravel.

1913 est l’année du retentissant scandale du Sacre du Printemps (29 mai), au théâtre des Champs-Élysées alors tout juste inauguré, mais c’est aussi celle de la création de Jeux (le 15 mai) de Debussy (le 15 mai).

1914 est l’année de la création de la Légende de Joseph, de R.Strauss.

En 1917, ce sera Parade de Satie, sur un texte de COCTEAU et avec les décors, costumes et rideau de scène de PICASSO. Pour la petite histoire, c’est dans le texte de présentation qu’APOLLINAIRE a rédigé pour Parade qu’il introduit le mot sur-réaliste.

rideau_picasso_parade2Cliquez sur l’image

En 1919, les ballets russes monteront le Tricorne de De Falla. Là aussi, les costumes et décors sont de Picasso.

Les années suivantes verront les créations du Chant du rossignol, de Renard, de Mavra, de Pulcinella et des Noces, toutes œuvres de Stravinsky, mais également des Biches de Poulenc, les décors et les costumes étant de Marie LAURENCIN.

les biches poulenc.pngCliquez sur l’image

En 1921, c’est la création de Chout le bouffon de Prokofiev, qui avait fréquenté dans sa jeunesse les soirées musicales de Diaghilev à Moscou, y rencontrant alors Debussy et le jeune Stravinsky.

1929 est la dernière année des ballets russes, qui ne survivront pas à son fondateur. Ce sera l’année de la création du Fils prodigue de Prokofiev.

Rétrospectivement, je trouve très impressionnant le nombre de pièces majeures ainsi créées en vingt ans.

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Histoire de l'opéra

L’opérette

L’opérette est une fille de l’opéra-comique ayant mal tourné, mais les filles qui tournent mal ne sont pas toujours sans agrément.

Camille SAINT-SAËNS

En rédigeant le billet sur OFFENBACH, le roi de l‘opérette, je me suis rendu compte que dans la série « Histoire de l’opéra », j’avais à peine effleuré ce genre. Je vais ici réparer mon oubli.

Au milieu du XIXe siècle, alors que triomphait en France le GOf, le Grand Opéra à la française, apparaît un nouveau genre plus léger, l’opérette, héritière de l’opéra-comique.

Alors que l’opéra-comique venait du Théâtre de la Foire, avec un côté populaire moqueur, voire irrévérencieux, son évolution avait fini par le faire rentrer dans le rang et perdre son impertinence. Le compositeur HERVÉ retrouvera ce côté dès 1854, avec des œuvres telles que Le petit Faust (1869), une parodie du Faust de GOUNOD ou son œuvre la plus connue, Mam’zelle Nitouche.

À peu près en même temps qu’Hervé Offenbach, alors à la direction du théâtre des Bouffes-Parisiens, y produisait des opéras-comiques avec les contraintes de l’époque : un acte unique, et pas plus de quatre personnages. Heureusement, en 1858, cette contrainte est levée, et Offenbach va pouvoir développer des spectacles plus importants.

Parmi ses successeurs en France, on peut noter LECOQ et sa Fille de madame Angot (1872) (écoutez les paroles, elles sont toujours d’actualité !), PLANQUETTE et ses Cloches de Corneville (1877) ou AUDRAN et sa Mascotte (1880).

les cloches de corneville

En 1858, Offenbach rencontre à Vienne Johann STRAUSS, le roi de la valse, et lui conseille d’écrire des opérettes. C’est ainsi que Strauss créera l’opérette viennoise, faite à base de valses. Son opérette la plus célèbre est La Chauve-Souris (Die Fledermaus) (1874).

highligts fledermausLa Chauve-Souris

Un des successeurs de Strauss à Vienne sera Franz LEHAR avec notamment la célébrissime Veuve joyeuse (Die Lustige Witwe) (1905).

Au XXe siècle, l’opérette perdra peu à peu son côté satirique ou contestataire pour se rapprocher du théâtre de boulevard, avec Maurice YVAIN [Ta Bouche (1922), Pas sur la bouche (1925)…]

 

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Les anniversaires de 2019

Voici quelques anniversaires que l’on pourra célébrer en 2019 (ou quelques événements que l’on pourra commémorer) :

Il y a 350 ans, en 1669, l’abbé PERRIN obtenait le privilège royal d’établir une Académie d’Opéra pour « y représenter et chanter en Public des Opera & Représentations en Musique & vers François, pareilles & semblables à celles d’Italie ». Cette Académie d’Opéra existe encore de nos jours sous le nom d’Opéra de Paris.

Il y a 275 ans décédait André CAMPRA (1660 – 1744), l’auteur du premier opéra-ballet avec l’Europe galante.

campra

Il y a 200 ans naissait Jacques OFFENBACH (1819 – 1880), le roi de l’opérette.

offenbach

1819 est aussi l’année de composition de l’Invitation à la valse de WEBER et de la Dame du Lac (La Donna del lago), de ROSSINI.

En 1844, il y a 175 ans, naissait Nicolas RIMSKI-KORSAKOV (1844 – 1908).

rimski-korsakov

1844 est aussi l’année de création de I due Foscari de VERDI et de l’ouverture du Carnaval romain de BERLIOZ. Restons avec Berlioz puisque celui est mort il y a 150 ans, en 1869.

berlioz(Hector Berlioz, ouverture du carnaval romain)

Son contemporain, moins connu en France, Dargomyjski (1813 – 1869) a écrit Esméralda (1839), d’après Victor HUGOLa Rusalka (1855), d’après POUCHKINE, et son chef-d’œuvre que la mort laisse inachevé Le Convive de Pierre, d’après le Don Juan de Pouchkine, et qui sera terminé par CUI et Rimski-Korsakov.

dargomyjski.pngDargomyjski

1869 est aussi l’année de la première version de Boris Godounov, de MOUSSORGSKI, et de Roméo et Juliette de GOUNOD.

En 1894, il y a 125 ans, mourrait CHABRIER (1841 – 1894), l’auteur de l’Étoile.

1894 est aussi l’année où DEBUSSY a commencé Pelléas et Mélisande, et écrit son Prélude à l’après-midi d’un faune, alors que MASSENET écrit Thaïs et Cendrillon.

En 2019, nous célébrerons le centenaire de la mort de LEOCAVALLO (1857 – 1919), l’auteur de Paillasse (Pagliacci) en 1892.

Ce seront aussi les centenaires de l’Amour des 3 oranges de PROKOFIEV, du début de Katia Kabanova de JANACEK ainsi que de l’Enfant et les sortilèges de RAVEL. Le même Ravel écrit La Valse alors que l’on a créé La Femme sans ombre de Richard STRAUSS (écrit en 1917).

Enfin, il y a 75 ans, Benjamin BRITTEN réinventait l’opéra anglais avec Peter Grimes alors qu’il y a 50 ans, d’autres Anglais, les WHO, donnaient naissance à leur opéra-rock Tommy.

tommy the who.pngTommy Overture
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FAVART le chansonnier et l’opéra-comique

La tradition du chansonnier est fort ancienne en France. Sa première formalisation en est la fondation en 1730 du Caveau par PIRON et Crébillon fils. Leurs réunions bimensuelles étaient l’occasion de chanter et/ou de pratiquer l’épigramme. On trouve parmi les membres de ce cercle Jean-Philippe RAMEAU. La tradition du caveau se perpétue de nos jours avec le Caveau de la République, célèbre repère de chansonniers.

Un autre chansonnier célèbre est Charles-Simon FAVART (1710 – 1792). Favart a commencé très jeune une carrière de compositeur d’opéras-comiques, de vaudevilles ou de parodies. Écoutons-le dans une parodie d’Hippolyte et Aricie de Rameau.

Le genre opéra-comique date de 1714. En 1697, la Comédie-Italienne avait fermé sous la pression de la Comédie-Française, jalouse de cette concurrence. Les comédiens-italiens se sont alors installés sur les foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent, au Théâtre de la Foire. On y donnait des pastiches, de l’italien pasticcio, c’est-à-dire des paroles nouvelles chantées sur des airs déjà connus. Mais la Comédie-Française, toujours soucieuse de défendre son privilège royal de spectacles dialogués, empêche les représentations parlées. De même, l’Académie royale de musique, qui avait le privilège royal pour la musique chantée, limite à deux le nombre de voix autorisées dans les spectacles. En 1714, le Théâtre de la Foire obtient le privilège de Louis XIV pour un nouveau genre : l’opéra-comique, qui alterne des parties parlées et des parties chantées, et le Théâtre de la Foire devient le Théâtre de l’Opéra-Comique. Malgré son nom, il n’est donc pas question d’humour dans l’opéra-comique.

Après une succession d’interdictions et de relances, l’institution reprend en 1752, et notre Favart devient codirecteur de l’Opéra-Comique. C’est en son honneur qu’aujourd’hui encore le Théâtre de l’Opéra-Comique porte le nom de Salle Favart.

Notons au passage que Madame Favart est un opéra-comique d’OFFENBACH, qui sera représenté à… l’Opéra-Comique en juin 2019.

Arrivé là, ce billet devrait être terminé, mais pourquoi ce titre Favart le chansonnier ? En fait, vers 1750, Favart dirigeait la troupe de comédiens-chanteurs qui accompagnaient le Maréchal de Saxe en campagne. Et Favart était donc le Chansonnier du Maréchal. Q.E.D. On reste dans le vaudeville quand on sait que le Maréchal de Saxe ayant des vues sur madame Favart, le couple a dû s’enfuir !

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Histoire de l’opéra : des années 1945 à nos jours

J’avais laissé notre ami l’opéra au sortir de la guerre 39 – 45, avec bon nombre de compositeurs germaniques et/ou juifs exilés en Amérique.

Que lui est-il arrivé depuis ?

Tout d’abord, une excellente nouvelle pour les britanniques avec Benjamin BRITTEN (1913 – 1976), qui va réveiller l’opéra anglais plus de deux siècles après son dernier représentant notoire : Henry PURCELL (1659 – 1695).

En France, Francis POULENC (1899 – 1963) s’illustre non seulement dans la musique vocale, mais aussi dans la musique instrumentale. Et à titre très personnel, je me souviens avec beaucoup d’émotion de la création du Saint-François d’Assise de MESSIAEN (1908 – 1992) à Garnier en 1983 (c’était la première fois que j’y mettais les pieds, un rêve !).

Les États-Unis prennent une place importante [il y avait déjà une place pour eux dans la première moitié du XXe siècle avec notamment Scott JOPLIN (1868 – 1917) et GERSHWIN (1898 – 1937)], avec Léonard BERNSTEIN (1918 – 1990), mais aussi avec les papes de la musique répétitive que sont Philip GLASS (né en 1937) ou John ADAMS (né en 1947).

Bien entendu, l’opéra s’adapte à toutes les nouvelles formes musicales, quelle que doive être la coupure avec un public pas toujours formé pour suivre ces changements.

Les véritables adaptations du genre théâtre mis en musique et chanté, qui devrait être la définition de l’opéra, me semble être la comédie musicale. On a vu avec Victor HUGO combien son génie dramatique s’adapte à toutes les formes de théâtre musical.

Un autre avatar de notre ami l’opéra est l’opéra-rock avec notamment Tommy des WHO, 200 motels de Franck ZAPPA ou encore the Wall de Pink Floyd.

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Histoire de l’opéra: les années 1915 – 1945

History of opera : 1915 – 1945.

J’avais laissé notre ami l’opéra vers 1915, avec le triomphe du vérisme, le post-wagnérisme et l’apparition du symbolisme. Avant de voir comment l’opéra a évolué entre 1915 et 1945, on peut faire un zoom sur la Grande Guerre et la musique.

Au début du XXe siècle, SCHÖNBERG (1874 – 1951) « invente » l’atonalisme puis le dodécaphonisme. À sa mort, il laisse inachevé un opéra, Moïse et Aaron. Parmi ses élèves, le plus marquant est Alban BERG (1885 – 1935) avec Wozzeck (1917 – 1922) et Lulu (1929 – 1935). L’aspect formel de la construction de ses œuvres prend beaucoup d’importance. J’y reviendrai dans un billet spécifique.

On connaît l’expressionnisme allemand au cinéma (Fritz LANG, Friedrich MURNAU). Quelques représentants de ce mouvement à l’opéra sont HINDEMITH (1895 – 1963), SCHREKER (1878 – 1934) et ZEMLINSKY (1871 – 1942).

Le stalinisme et le nazisme sont tombés d’accord sur un point, la dégénérescence de la musique contemporaine, et ils en ont interdit la diffusion. C’est ainsi que CHOSTAKOVITCH (1906 – 1975) a subi les foudres de la censure stalinienne pour Lady Macbeth de Mtsensk ou Le Nez, alors que l’Allemagne nazie parlait de musique dégénérée, obligeant un grand nombre de compositeurs à fuir l’Europe [KRENEK (1900 – 1991), WEILL (1900 – 1950), Schoenberg, Schreker, STRAVINSKY, …].

Outre Berg, deux grands compositeurs, JANACEK (1854 – 1928) et Richard STRAUSS (1864 – 1949) ont marqué cette période. La musique de Strauss, se débarrassant de l’influence wagnérienne, se tourne vers le passé (cf. Le Chevalier à la Rose et MOZART). Les livrets de Janacek ou de Berg sont fortement inspirés des apports nouveaux de la psychologie ou de la psychanalyse dans l’étude des rapports humains.

J’ai évoqué Stravinsky parmi les musiciens ayant fui l’Europe en 1940. On ne s’attend pas forcément à le trouver dans le champ de l’opéra, et pourtant, alors que dans sa jeunesse, il a dynamité certains codes de la musique, 1913 est l’année du scandale du Sacre du Printemps à Paris (c’est aussi l’année du concert scandale du Pierrot lunaire de Schönberg à Vienne), il évoluera comme Strauss vers un retour à un certain classicisme. Il écrira sur des livrets de Cocteau (Oedipus Rex (1927)d’après Sophocle), de Gide (Perséphone), ou de Ramuz (l’Histoire du soldat), avant son Rake’progress de 1948.

 

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Histoire de l’opéra: les années 1880 – 1915

J’avais laissé notre ami l’opéra au début des années 1880.

Les années qui suivent verront l’éclosion de deux grands noms, PUCCINI (1854 – 1924) et STRAUSS (1864 – 1949). Ces deux noms illustrent les deux grands mouvements caractéristiques de cette période.

L’opéra a toujours suivi l’évolution des mouvements littéraires. Alors qu’en France naissait le naturalisme avec Émile ZOLA, l’Italie invente sa traduction sur scène avec le vérisme, qui visait à représenter des héros (sont-ce encore d’ailleurs des héros ?) plus proches de la vraie vie des spectateurs, par opposition aux héros nobles ou romantiques représentés précédemment.

Le premier succès vériste est Cavalleria Rusticana (1890) de MASCAGNI (1863 – 1945). Suivront Paillasse (Pagliacci) en 1892 de LEONCAVALLO (1857 – 1919), Andrea Chénier (1896) de GIORDANO (1867 – 1948) et Adrienne Lecouvreur (1902) de CILEA (1856 – 1950). De par son sujet, La Bohême (1895) de Puccini ressort également du vérisme.

Pendant ce temps en France, Zola a écrit des livrets pour BRUNEAU (1857 – 1937) avec Le Rêve (1891) ou Messidor (1897). CHARPENTIER (1860 – 1956) a connu le succès avec son « roman musical » Louise (1900).

L’autre mouvement autour du changement de siècle est le post-wagnérisme (WAGNER, rappelons le, est mort en 1883). Le plus connu des post-wagnériens est Richard STRAUSS (qui n’a pas de lien familial avec Johann). Son premier opéra Guntram date de 1894. Suivront Salomé (1905) d’après la pièce d’Oscar WILDE et Elektra (1908). Son style évoluera ensuite vers plus de douceur avec le très mozartien Chevalier à la rose (1910), mais j’y reviendrai dans un autre billet. D’autres compositeurs ont « fait du Wagner » comme REYER (1823 – 1909) et son Sigurd (1884). Reyer a également adapté FLAUBERT avec Salammbô (1890).

Par ailleurs, il faut noter un autre mouvement littéraire qui a connu sa traduction à l’opéra, le symbolisme, représenté par MAETERLINCK. Parmi les drames de ce dernier traduits en musique se distinguent Pelléas et Mélisande (1902) de DEBUSSY (1862 – 1918) et Ariane et Barbe-Bleue (1906) de DUKAS (1865 – 1935).

On pourra retrouver une autre vision de cette période dans le billet précédemment consacré à MALLARMÉ avec notamment les liens Mallarmé – Wilde – Strauss et Mallarmé – Debussy – Maeterlinck.

Ne manquez pas la suite des aventures de notre ami l’opéra dans Histoire de l’opéra : les années 1915 – 1945 !