Histoire de l'opéra, littérature, philosophie

RAMEAU vs ROUSSEAU : la Querelle des Bouffons

Dans mes récents billets sur VOLTAIRE et ROUSSEAU, les joyeux encyclopédistes, j’ai abordé la Querelle des Bouffons, mais sans expliquer ce qui se cache derrière ce nom rigolo.

En fait, il y a un personnage central qui relie Voltaire et Rousseau, et aussi Denis DIDEROT, l’encyclopédiste en chef. Il s’agit de Jean-Philippe RAMEAU.

La Querelle des Bouffons a pour sujet l’opposition entre la musique italienne et la musique française. (Rappelons qu’à cette époque dans pratiquement toute l’Europe, les opéras étaient chantés soit en italien, soit en français.)

L’opéra français, représenté par Rameau au milieu du XVIIIe siècle était encore sous l’influence de la tragédie lyrique dont les canons avaient été fixés par LULLY presque un siècle plus tôt. En Italie, au contraire, on avait pris l’habitude au début du XVIIIe siècle d’introduire des œuvres légères pendant les entractes des opera seria, ces œuvres étant appelées opera buffa.

En 1752, année de la création à Paris du Devin du village de JJ.Rousseau, une troupe de chanteurs italiens étaient venus représenter des opera buffa, notamment La Servante maîtresse de PERGOLÈSE.

pergolèse la servante maitresseCliquez sur l’image

Si le Devin du village a rencontré un certain succès public, Rameau n’en a pas moins étrillé l’œuvre de son confrère. Dès lors, Rousseau a riposté en décrétant que le français n’était pas une langue faite pour le chant, au contraire de l’italien « naturellement » fait pour la mélodie.

rousseau devinCliquez sur l’image

Au travers de cette querelle entre Rameau et Rousseau, ce sont en fait deux conceptions philosophiques qui s’affrontent, Rousseau défendant via la mélodie une conception « naturelle » de la musique, alors que la volonté de Rameau d’établir un système harmonique ressortait d’une approche « culturelle » de la musique. Rousseau semblait en cela avoir oublié Aristote et sa musique des sphères.

harmonie

Harmonie : les notes se superposent et sont jouées en même temps, formant un « accord ».

mélodie

Mélodie : les notes sont jouées successivement dans le temps, formant une « mélodie ».

Cette querelle qui aurait pu être limitée au milieu musical s’est étendue à toute une partie de la société, avec le Coin de la reine qui soutenait les Bouffons et le Coin du roi qui défendait la musique française.

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VOLTAIRE et ROUSSEAU, les joyeux duettistes – chapitre 2 – VOLTAIRE

Nous avons vu il n’y a guère les relations entre ROUSSEAU et la musique. Voyons à présent les liens entre VOLTAIRE et la musique.

L’activité de librettiste de Voltaire (1694 – 1778) est certainement moins connue que celle de Rousseau. Pourtant, il commence une collaboration avec RAMEAU dès 1733, avec Samson, un projet d’opéra qui ne verra pas le jour à cause de la censure. Presque vingt ans plus tard, les deux auteurs retravailleront ensemble, créant La Princesse de Navarre, puis Le Temple de la Gloire (1745).

la princesse de NavarreCliquez sur l’image

Au-delà des livrets directement écrits par Voltaire, d’autres œuvres de lui ont été reprises pour servir à des livrets d’opéra.

Ainsi, le prolifique GRÉTRY a écrit Le Huron, d’après L’Ingénu, en1768.

Le Zaïre de Voltaire a été abondamment utilisé pour des sujets d’opéra. On peut noter par exemple le Zaïde (1780) de MOZART, ou le Zaïra (1829) de BELLINI.

mozart ZaideCliquez sur l’image

ROSSINI se servira des textes de Voltaire pour son Tancrède (1813) et son Sémiramide (1823), alors que VERDI écrira un peu connu Alzira (1845) d’après la tragédie Alzire (1736).

rossini semiramideCliquez sur l’image

Quand SAINT-SAËNS, déjà connu pour ses talents de pianiste virtuose, voudra se faire reconnaître à l’opéra, passage obligé pour être reconnu comme un VRAI musicien, il se servira du livret de Samson comme sujet de son premier projet d’opéra. Bien lui en prit, puisque cette adaptation nous donnera Samson et Dalila, qui connaîtra un très grand succès.

mon coeur s'ouvre à ta voixCliquez sur l’image

Plus près de nous, au siècle dernier, on peut encore signaler que Léonard BERNSTEIN a écrit en 1956 Candide, une opérette d’après le conte éponyme de Voltaire et Micromégas (1978) de Paul MÉFANO.

bernstein candideCliquez sur l’image

méfano micromégasCliquez sur l’image

Écrivain, histoire, littérature, philosophie

VOLTAIRE et ROUSSEAU, les joyeux duettistes – chapitre 1 – JJ.ROUSSEAU

Cliquez sur le textejesuistombc3a9parterre

chantait Gavroche dans les Misérables de VH.

En fait, le chansonnier BÉRANGER avait déjà écrit avant HUGO dans une de ses chansons :

rousseauvoltaire

traduisant ainsi le fait qu’à l’époque de la Restauration, on attribuait l’origine de la Révolution française aux écrits de VOLTAIRE et ROUSSEAU.

Initialement, j’avais prévu de traiter nos amis dans un seul billet, mais devant l’abondance de matière à traiter, j’ai décidé d’en faire deux billets jumeaux.

Voyons donc ici les rapports entre Rousseau (1712 – 1778) et la musique.

Dès 1747, DIDEROT et D’ALEMBERT confient à Rousseau (1715 – 1778) la rédaction des articles sur la musique de leur Encyclopédie, et il écrira encore en 1767 un Dictionnaire de musique qui restera longtemps un modèle du genre. Cependant cinquante ans après, ses écrits sont déjà controversés, comme on peut le voir sur le préliminaire de l’édition de 1791.

rousseau encyclopédie

Si l’opéra de JJ.ROUSSEAU Le Devin du village (1752) a connu à son époque un honnête succès, on connaît moins le reste de sa carrière de compositeur. Pourtant, dès 1744, il compose Les Muses galantes qui ne sera jamais joué au théâtre. La première représentation, privée, provoqua le début de ses querelles avec RAMEAU.

rouffeau devinCliquez sur l’image

En 1745, il écrit de la musique complémentaire pour Les Fêtes de Ramire, d’après La Princesse de Navarre, un opéra que RAMEAU avait écrit au début de l’année sur un livret de VOLTAIRE. Les difficultés liées à cette reprise influeront sur les difficultés relationnelles entre Rousseau et Rameau. Ces difficultés éclateront dans sa Lettre sur la musique française (1753) où il défend la supériorité de la musique italienne sur la musique française (en fait la prééminence de la mélodie, qu’il défendait, contre l’harmonie, que défendait Rameau). Rousseau prétendait en effet que le français était une langue qui ne se chantait pas, au contraire de l’italien, alimentant ainsi ce qu’on a appelé la querelle des Bouffons, démarrée l’année précédente.

En 1762, il écrit un Pygmalion, qu’il aurait voulu faire mettre en musique par GLUCK. Celui-ci n’étant pas disponible, il se tourne vers l’obscur Horace COIGNET et Rousseau écrira lui-même 2 des 22 chansons de cette pièce.

Bien entendu, la musique prenant une place importante dans son univers mental, on trouve de nombreuses allusions à la musique dans ses œuvres littéraires, comme Les Confessions.

Monsieur R. dit (😉):

Les accents de la voix passent jusqu’à l’âme ; car ils sont l’expression naturelle des passions, et en les peignant ils les excitent.

Ne ratez pas très prochainement sur ce blog les rencontres entre Voltaire et l’opéra.

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Friedrich NIETZSCHE et la musique

Sans la musique, la vie serait une erreur (F.NIETZSCHE).

Rassurez-vous, je ne vais pas ici vous faire un cours sur les idées philosophiques de NIETZSCHE, j’en serais bien incapable et ce n’est pas le sujet de ce blog. Simplement, ayant entendu parler de Nietzsche lors d’une conférence sur WAGNER, il m’est venu à l’idée de vous parler des rapports qu’entretenait Fred le moustachu avec la musique.

Dans sa jeunesse, Frédéric Nietzsche, bon pianiste, s’est essayé à la composition musicale, et il a distribué ses lieders à ses amis, notamment Cosima, la fille de LISZT, épouse du chef d’orchestre von Bülow avant que d’être celle de Wagner.

nietzsche et la musiqueCliquez sur l’image

Dans La naissance de la tragédie, il est encore sous l’influence de SCHOPENHAUER et Wagner, et il réfléchit à la dualité Apollon vs Dionysos, ce qui le rapproche de Robert SCHUMANN dont toute la vie (et toute l’œuvre) a été une tentative de résolution de ces deux faces de sa personnalité. Pour faire simple, on peut dire que la pensée dionysienne est liée à la nature et à l’ivresse de l’instant présent alors que la pensée apollinienne est centrée sur la raison, et sur la culture qui prend le pas sur la nature.

Une des compositions de Nietzche, Manfred méditation d’après l’œuvre de Lord BYRON, peut d’ailleurs être rapprochée par le thème de l’une des compositions de Schumann, qui a écrit une musique de scène pour cette pièce. Et pour ce qui est de la double personnalité avec laquelle Schumann devait se battre, elle est illustrée par Eusébius le rêveur introverti et Florestan le passionné combatif, doubles de Schumann que l’on retrouve dans les Davidsbündlertänze ou le Carnaval.

Très inspiré par l’œuvre de Wagner, Nietzche s’est intéressé aux thèmes du surhomme et de la liberté, thèmes qui sont au cœur notamment de la tétralogie. Il finira par se détacher du « poison wagnérien » (sic) quand il découvre en 1881 le Carmen de BIZET.

Une de ses dernières œuvres, Also spracht Zarathustra, a inspiré à Richard STRAUSS le poème symphonique du même nom. Œuvre un peu oubliée du public, Stanley KUBRICK a contribué à la populariser en s’en servant pour la BOF de son génial 2001 Odyssée de l’espace.

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Le mythe de Faust

L’adaptation du Faust de MARLOW (Christopher [1564 – 1593], pas Philip [1934 – 1961]) par le grand GOETHE (1749 – 1832) en 1808 a produit un grand nombre d’œuvres musicales. Goethe a par ailleurs écrit un second Faust en 1832.

Schématiquement, le thème de Faust est celui du savant qui a consacré sa vie à la science et qui, arrivé au soir de sa vie, se demande s’il a suivi la bonne voie. Il passe alors un pacte avec le diable Méphistophélès par lequel en échange de son âme, il a droit à une seconde chance. Il découvre alors les plaisirs terrestres avant de tomber amoureux d’une jeune fille, Marguerite.

On peut noter que l’Allemand Louis SPOHR a écrit un Faust dès 1813, mais son opéra n’était pas inspiré par le drame de Goethe.

Enthousiasmé par la traduction de Gérard de NERVAL, le romantique BERLIOZ met en musique huit scènes de Faust en 1829, avant de compléter son drame avec La Damnation de Faust en 1845.

Après lui, GOUNOD écrira son Faust en 1859, mais le thème en est si dénaturé (il n’y a pas trace de philosophie là-dedans) que les Allemands prendront l’habitude d’appeler son œuvre Gretchen (Marguerite).

BOÏTO, le librettiste de Verdi, écrira un Mefistofele en 1868 et plus près de nous, BUSONI écrira un Docktor Faust  en 1924, d’après le Doktor Faustus de Thomas MANN.

Outre ses adaptations à l’opéra, les personnages de Faust ont beaucoup inspiré les compositeurs romantiques, que ce soit SCHUBERT et son Marguerite au rouet, MENDELSSOHN et sa Nuit de Walpurgis, SCHUMANN et ses Scènes de Faust, LISZT et sa Faust-Symphonie et ses Méphisto valses, et même WAGNER qui a écrit une Ouverture pour Faust.

On retrouve partiellement le thème faustien dans Phantom of the Paradise, le film culte de Brian de PALMA, une transposition dans le milieu du rock du Fantôme de l’opéra (1910) de Gaston LEROUX. On peut noter que dans ce roman qui se passe au palais Garnier, l’héroïne chante le rôle de Marguerite dans le Faust de Gounod.

Et côté bande dessinée, Bianca Castafiore, la célèbre héroïne des aventures de Tintin chante souvent le grand air des bijoux, du même Faust. Et quant à Edgar P. JACOBS, le créateur de Blake et Mortimer, son passé de baryton l’a mené à chanter le personnage de Méphistophélès sur les scènes lyriques.