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animation, bande dessinée

POKÉMON GO (et opéra)

Je vous l’avais promis dès la création de ce blog il y a un peu plus de six mois (cf. la page « à propos »), il y aura un billet sur le jeu Pokémon GO et l’opéra.

La sortie de la version complémentaire sur console de salon ce 16 novembre va être l’occasion pour moi de tenir cette promesse, et de faire s’interpénétrer la bulle des amateurs d’opéra et la bulle des amateurs de Pokémons.

Dès la première version du jeu, datant d’il y a plus de vingt ans, figuraient les Pokémons Mélofée (n° 35) et Rondoudou (n° 39). Ces Pokémons avaient le pouvoir, par leur chant semblable à celui d’Orphée, d’endormir leurs adversaires.

                                                           mélofée rondoudou

Nous avons découvert il y a peu avec l’arrivée de la 4e génération le Crikzik (n° 401) un Pokémon insecte en forme de lyre et son évolution le Mélokrik, dont le Pokédex nous apprend que quand les antennes du Crikzik s’entrechoquent, elles laissent s’échapper un son de xylophone, alors que le Mélokrik exprime ses émotions par des mélodies.

                                                       criczik  Mélokrik

C’est dans la cinquième génération que l’on trouvera les Pokémons les plus intéressants, avec le Lakmécygne (n° 581), dont le nom est formé d’après Lakmé de Léo DELIBES, et le Lac des Cygnes, le fameux ballet de TCHAÏKOVSKI.

lakmécygne.png

On trouvera également le Vivaldaim (n° 585), un daim qui peut prendre quatre formes suivant les saisons (hommage aux quatre saisons de VIVALDI). La référence à l’univers de l’opéra est encore poussée par le fait que le Vivaldaim a une forme évoluée, le Haydaim (en hommage à Joseph HAYDN.)

                                                    vivaldaim  haydaim.png

Et surtout, n’oubliez pas qu’il est déconseillé de jouer à Pokémon Go quand vous êtes à l’opéra, vous risqueriez de perturber le spectacle, et de perturber vos voisins.

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écrivains

E.T.A. HOFFMANN, vous connaissez ?

La musique ouvre à l’homme un royaume inconnu… (E.T.A. HOFFMANN)

L’écrivain romantique allemand Ernst Théodor Amadeus HOFFMANN (1776 – 1822) n’est pas forcément très célèbre en France, mais il occupe une place importante dans l’univers romantique. Connu aujourd’hui essentiellement pour ses Contes fantastiques, écrits dans la veine du roman gothique, il était également dessinateur et compositeur. Parmi ses opéras, Ondine (1816) ne sera pas sans influence sur des opéras tels que Rusalka (1900) de DVORAK ou La Femme sans ombre (1917) de Richard STRAUSS.

Hoffmann admirait le génie de MOZART ou BEETHOVEN, et il a d’ailleurs changé son troisième prénom pour prendre celui d’Amadeus, en hommage à Mozart.

Les pièces pour piano Kreisleriana (1838) de SCHUMANN s’inspirent de l’univers d’Hoffmann (Johannes Kreisler est un de ses personnages, dont les textes apparaissent dans les … Kreisleriana d’Hoffmann.)

TCHAÏKOVSKI a été également influencé par notre poète. il a écrit son propre opéra Ondine (1869), mais devant le peu de succès rencontré, il en a brûlé la partition. Son ballet Casse-Noisette (1891) a eu plus de succès. Le sujet est tiré du Casse-Noisette d’Alexandre DUMAS, qui était déjà une adaptation du Casse-Noisette et le roi des souris d’Hoffmann.

Un autre ballet célèbre, Coppélia de Léo DELIBES (1870), est inspiré par la nouvelle l’Homme de sable.

Le principal apport d’Hoffmann dans l’histoire de l’opéra reste cependant le seul opéra « sérieux » d’OFFENBACH. En effet, « le petit Mozart des Champs-Élysées » comme l’appelait WAGNER voulait accéder au statut de compositeur « sérieux » et pour cela, il lui fallait une œuvre « sérieuse ». Ce sera Les Contes d’Hoffmann, dont le livret fut écrit par Jules BARBIER sur des thèmes extraits de ses Contes fantastiques. Le héros en est Hoffmann lui-même, poète qui après avoir rencontré trois images de la femme finit par renoncer à l’amour pour se mettre au service exclusif de sa muse, la poésie.

Nous assistons donc ici à une prodigieuse mise en abîme de l’univers d’Ernst Théodor Amadeus puisque l’écrivain Hoffmann a imaginé un conte, don Juan,  où le héros a l’occasion d’assister à une représentation de l’opéra du même nom de Mozart, représentation qui se termine par la mort dans des circonstances étranges de la cantatrice qui joue le rôle de Donna Anna, alors que les Contes d’Hoffmann mettent en scène ce même écrivain qui voit, entre autres, mourir une cantatrice qui, malade, se rapproche de la mort chaque fois qu’elle chante ! À la fin de l’acte, elle meurt, ayant chanté une fois de trop.

 

 

 

histoire

11 novembre 1918 – 11 novembre 2018

En cette journée de célébration du centième anniversaire de l’armistice de 1918, je vais vous parler d’œuvres écrites en rapport avec la Grande Guerre.

Commençons par Guillaume APOLLINAIRE, ce poète naturalisé français, gravement blessé à la tête pendant la guerre, et dont l’œuvre a été abondamment mise en musique. Il est mort le 9 novembre 1918.

Francis POULENC (1899 – 1963) est certainement celui qui a le plus déposé de musique sous les textes de son ami Apollinaire. Mobilisé en 1918, puis servant au ministère de la Marine jusqu’en 1921, il commence dès 1918 avec le Bestiaire ou le cortège d’Orphée.

Suivront de nombreuses mélodies dont, par exemple Sanglots, extraite des Banalités.

Notre amour est bercé par les calmes étoiles,

Or nous savons qu’en nous, bien des hommes respirent,

C’est la chanson des rêveurs,

Qui s’étaient arraché le cœur,

J’ai un gros faible aussi pour Marie, dans les 7 chansons pour chœur a capella. En plus, les ténors y ont une très belle phrase mélodique, qui, comme Sanglots, fait partie des airs qui m’habitent en permanence :

Je passais, au bord de la Seine,
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine,
Il s’écoule, et ne tarit pas.

En 1947, Poulenc écrit un opéra-bouffe, les Mamelles de Tirésias.

Claude DEBUSSY (1862 – 1918) a été inspiré par l’atmosphère de la Grande Guerre. Il a écrit notamment le Noël des enfants qui n’ont plus de maison.

Son contemporain RAVEL (1875 – 1937) a écrit lui, contre la guerre, Trois beaux oiseaux du paradis (mon ami z-il est à la guerre).

Dimitri CHOSTAKOVITCH a écrit sa 14e symphonie en 11 mouvements, chacun correspondant à un poème. Six de ces poèmes sont d’Apollinaire.

On retrouve Ravel avec son Concerto pour la main gauche. L’histoire de ce concerto est intéressante. En effet, le pianiste Paul WITTGENSTEIN (le frère de l’auteur du tractatus logico-philosophicus) qui avait perdu un bras à la guerre a demandé à Ravel, PROKOFIEV et BRITTEN, ou encore Richard STRAUSS, KORNGOLD ou HINDEMITH de lui écrire des morceaux pour la main gauche.

On peut terminer en disant que l’histoire, malheureusement, ne nous apprend rien puisque des musiciens comme Korngold ou Hindemith font partie de ceux dont la musique, jugée dégénérée par les nazis, a été interdite, voire brûlée, et qu’ils ont dû prendre la fuite de leur pays.

littérature, philosophie

Friedrich NIETZSCHE et la musique

Sans la musique, la vie serait une erreur (F.NIETZCHE).

Rassurez-vous, je ne vais pas ici vous faire un cours sur les idées philosophiques de NIETZSCHE, j’en serais bien incapable et ce n’est pas le sujet de ce blog. Simplement, ayant entendu parler de Nietzsche lors d’une conférence sur WAGNER, il m’est venu à l’idée de vous parler des rapports qu’entretenait Fred le moustachu avec la musique.

Dans sa jeunesse, Frédéric Nietzsche, bon pianiste, s’est essayé à la composition musicale, et il a distribué ses lieders à ses amis, notamment Cosima, la fille de LISZT, épouse du chef d’orchestre von Bülow avant que d’être celle de Wagner.

Dans La naissance de la tragédie, il est encore sous l’influence de SCHOPENHAUER et Wagner, et il réfléchit à la dualité Apollon vs Dionysos, ce qui le rapproche de Robert SCHUMANN dont toute la vie (et toute l’œuvre) a été une tentative de résolution de ces deux faces de sa personnalité. Pour faire simple, on peut dire que la pensée dionysienne est liée à la nature et à l’ivresse de l’instant présent alors que la pensée apollinienne est centrée sur la raison, et sur la culture qui prend le pas sur la nature.

Une des compositions de Nietzche, Manfred méditation d’après l’œuvre de Lord BYRON, peut d’ailleurs être rapprochée par le thème de l’une des compositions de Schumann, qui a écrit une musique de scène pour cette pièce. Et pour ce qui est de la double personnalité avec laquelle Schumann devait se battre, elle est illustrée par Eusébius le rêveur introverti et Florestan le passionné combatif, doubles de Schumann que l’on retrouve dans les Davidsbündlertänze ou le Carnaval.

Très inspiré par l’œuvre de Wagner, Nietzche s’est intéressé aux thèmes du surhomme et de la liberté, thèmes qui sont au cœur notamment de la tétralogie. Il finira par se détacher du « poison wagnérien » (sic) quand il découvre en 1881 le Carmen de BIZET.

Une de ses dernières œuvres, Also spracht Zarathustra, a inspiré à Richard STRAUSS le poème symphonique du même nom. Œuvre un peu oubliée du public, Stanley KUBRICK a contribué à la populariser en s’en servant pour la BOF de son génial 2001 Odyssée de l’espace.

mythologies(s), nature, poésie

Les Muses aiment les arts

Nous lézards aimons les Muses

Elles Muses aiment les arts

Avec les arts on s’amuse

On muse avec les lézards…

Je ne peux m’empêcher de citer le début de ce poème de QUENEAU en introduction à ce billet consacré aux muses zet aux arts.

Les muses, au nombre de 9, étaient les filles de Zeus et de Mnémosyne (la déesse de la mémoire).

​CALLIOPE ​Poésie épique
​CLIO ​Histoire
​ÉRATO ​Poésie lyrique
​EUTERPE Musique
​MELPOMENE ​Tragédie
​POLYMNIE ​Rhétorique
​TERPSICHORE ​Danse
​THALIE ​Comédie
​URANIE ​Astronomie

À l’époque baroque, les dieux, les nymphes et les Muses apparaissaient sans problème dans les livrets d’opéra. Il est donc naturel d’y rencontrer des Muses. Par exemple dans Alceste de LULLY, à la fin de l’œuvre, Apollon descend de l’Olympe avec les Muses.

Dans Platée, de RAMEAU, qui raconte un complot de Jupiter pour ridiculiser la nymphe Platée (et la jalousie de sa femme Junon), la Muse de la Comédie Thalie se joint à ce complot.

Dans les Boréades, du même Rameau, c’est Polymnie (la rhétorique) qui intervient pour essayer d’adoucir Borée, le dieu du vent.

On peut également noter que CAMPRA a écrit un opéra-ballet intitulé Les Muses (1703) ou encore citer l’opéra-ballet les Fêtes de Thalie (1714), de MOURET, où l’on voit Melpomène (la Tragédie) se disputer avec Thalie (La Comédie) pour savoir qui doit avoir la prééminence sur l’opéra. À cette époque pré-hollywoodienne, quand un spectacle avait du succès, on faisait une suite, et c’est ainsi que dans la Revanche du fils du retour des Fêtes de Thalie (je ne suis pas certain du titre exact de cette suite), c’est au tour de Terpsichore (la Danse) et de Polymnie d’entrer dans la danse (si j’ose dire) pour revendiquer leur part dans le succès de l’opéra.

On retrouve ce même thème au XXe siècle où PROKOFIEV fait s’affronter Comédie et Tragédie pour savoir qui doit avoir la préséance sur l’autre dans L’amour des 3 oranges (1919). Les Muses y sont représentées par le chœur.

Enfin dans les Contes d’Hoffmann, d’OFFENBACH c’est la muse de la Poésie qui veut s’assurer de l’exclusivité des faveurs du poète Hoffmann.

mythologies(s), nature

le vin, LE VENT, la vie…

… est un recueil de poésies du poète antéislamique Abu Nuwas (757 – 815), dans lequel il célèbre tous les plaisirs qui enivrent sa vie, que ce soit le vin, ou l’amour sous toutes ses formes.

Vine, Wind, Life is a book of poems written by Abu Nuwas.

Dans ce billet, je vous parlerai de la présence du vent dans l’opéra. Il y aura bien sûr un « LE VIN, le vent, la vie ». En l’attendant, je vous conseille le très bon article sur les chansons à boire de l’opéra de l’excellent site Le voyage lyrique.

C’est dans les opéras baroques que l’on trouve le plus l’influence du vent, puisqu’à cette époque les sujets étaient pour l’essentiel puisés dans la mythologie, et Éole, le dieu du vent pouvait donc participer à l’action.

Ainsi dès 1673 dans Alceste de LULLY, on voit Éole calmer les flots pour permettre à Admète et Alcide de poursuivre Lycomède qui a enlevé Alceste.

Dans King Arthur de PURCELL, au début de l’acte V, l’enchanteur Merlin invoque Éole. Le dieu du vent calme la mer déchaînée. Des flots surgit une île, l’Angleterre, the fairest isle.

Dans le dernier de ses opéras, et peut-être le dernier opéra baroque puisqu’en 1763, le classicisme avait débuté, RAMEAU choisit Les Boréades dans lequel la reine Alphise doit choisir pour époux parmi les Boréades, c’est-à-dire les descendants de Borée, le dieu du Vent. Mais c’est un étranger, Abaris, qu’elle aime. Si elle cède à son amour, elle provoquera la colère de Borée. Après diverses péripéties, que je raconterai un jour dans un billet consacré aux Boréades, Borée en colère frappe la Terre de ses vents, provoquant la terreur chez les humains (Nuit redoutable, jour affreux). Au début de l’acte V, Borée ordonne aux vents de continuer à frapper la Terre, mais ceux-ci sont devenus faibles à cause d’un humain. En fait, on apprend qu’Abaris est un fils d’Apollon et d’une nymphe, elle-même descendante de Borée. Ainsi Alphise peut se marier avec Abaris et tout est bien qui finit bien.

Passons à l’époque classique avec l’opéra seria Idoménée (1780) de MOZART. L’histoire se passe en Crête après la chute de Troie. Au début du 3e acte, Ilia, fille de Priam, prend la nature à témoin de sa douleur (en français : Zéphir léger et charmant).

Quelques années plus tard, ROSSINI dans son Barbier de Séville compare les ravages de la calomnie à un petit vent qui enfle et enfle. Air de la calomnie : La calunnia è un venticello.

Et en dehors du chant de l’opéra, je ne peux résister à vous présenter une des pièces impressionnistes de DEBUSSY : Ce qu’a vu le vent d’ouest.

Et pour terminer, une très belle chanson de BREL, qui est déjà un classique de la chanson francophone.

Divers

Je me souviens…

Je me souviens est le titre d’un livre de Georges PEREC paru en 1978. J’y reviendrai.

Sur ce thème des remémorations, je vais ici vous parler de quelques souvenirs mémorables liés à l’opéra.

Je me souviens de ma première Walkyrie à Rouen. C’était dans les années 70 et ça devait être mon premier opéra vu sur scène.

Je me souviens de Saint-François d’Assise de MESSIAEN. Mon premier spectacle au palais Garnier quand je suis arrivé à Paris pour y travailler. Un rêve. José van Dam chantant J’ai peur sur la route, Christiane Eda-Pierre dans le rôle de l’ange, Siegmund Nimsgern dans le rôle du lépreux, et le prêche aux oiseaux sous la baguette de Seiji OZAWA.

Je me souviens d’Atys de Lully à la salle Favart, sous la direction de William Christie, qui a contribué à la redécouverte de tout un monde baroque.

Je me souviens du choc éprouvé avec The Turn of the screw de BRITTEN. D’enthousiasme, je suis retourné le voir le lendemain.

Je me souviens de Tristan und Isolde à Bayreuth. Le silence absolu (et dans le noir) d’où émergea de façon si ténue le début du prélude du 1er acte. Et à l’entracte, j’avais pu me glisser en coulisse pour assister au changement de décor.

Je me souviens de la mort de Boris Godounov chantée par Nicolaï Ghiaurov à Garnier, si expressif dans son jeu et son chant qu’il était presque choquant de le voir se relever et saluer après une mort si réussie.

Je me souviens de Rusalka de DVORAK, un spectacle frôlant la perfection (musique, chant, décors, mise en scène, éclairages…)

Je me souviens de Joseph de MÉHUL que j’ai eu le privilège de chanter en juillet 1989 sur les Champs-Élysées. Il y avait dans cette production une petite jeune qui débutait, une certaine Nathalie DESSAY. Elle chantait au milieu du chœur, juste à côté de moi.

Je me souviens avoir inauguré, dans les chœurs, le Théâtre Impérial de Compiègne, avec Gustave III de AUBER et Laurence DALE dans le rôle de Gustave. (Je me souviens également avoir découvert ce que peuvent être les relations entre un chef d’orchestre et son orchestre, mais ça, je ne peux pas en écrire le détail. En tout cas, ça m’a servi ultérieurement dans les fonctions managériales qu’il m’est arrivé d’exercer.)